IA et compétences : ni enfer, ni paradis

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La CFTC, par nature, refuse les positions extrêmes comme celles catastrophistes qui annoncent la fin du travail et celles béatement optimistes qui voient dans l’IA une chance pour tous.  Comme d’habitude, la réalité est plus nuancée et complexe exigeant une réponse syndicale forte.

Fobo (Fear Of Being Obsolete) : la peur de devenir obsolète 

Pour des millions de salariés français, la question n’est plus théorique et demeure très concrète : « mon poste va-t-il changer, mes compétences vont-elles se dévaluer, vais-je être accompagné ou laissé pour compte ? »

L’annonce des plans sociaux de ces derniers mois dans la tech (Capgemini, Oracle, Amazon ou Meta) augmente leur inquiétude en pensant que ces systèmes non humains avec qui nous pouvons échanger pour la 1e fois dans l’histoire de l’humanité pourraient menacer leur emploi.

Suis-je plutôt charbon ou cheval ?

C’est une question avancée dans « Courrier International » que devrait se poser les cols blancs, une allusion à la disparition massive des chevaux dans les exploitations agricoles après l’apparition des tracteurs alors que le charbon fut synonyme d’adaptation, de relance des économies et d’emploi. Les êtres humains ont été capables de se transformer en adaptant leurs pratiques au charbon, à la vapeur, à l’électricité et à l’informatique : pourquoi pas à l’IA ?

L’IA n’est pourtant qu’une machine, ultrapuissante certes

Comme le rappelle Luc Julia dans son livre publié en 2019 « L’IA n’existe pas », l’IA est avant tout une machine qui ne ‘comprend’ pas mais qui a intégré statistiquement la mécanique du langage.

Un autre chercheur français, Yann Lecun, a démontré de nombreuses fois que le cerveau humain est largement plus puissant, entre autres, en opérations élémentaires que n’importe quel serveur ou LLM (Large Langage Model) actuel et que l’être humain reste incontournable pour toutes les tâches intégrant des échanges avec le monde physique ou avec les autres humains.

A ce jour et malgré des prédictions qui datent de plusieurs dizaines d’années, un métier nécessitant peu de formation (si on met de côté les interactions avec les clients) comme celui de caissière n’est toujours pas remplacé par un équivalent numérique ou robotique.

IA Washing

D’après les patrons d’entreprises technologiques repris par « The Economist », les progrès fulgurants de l’IA rendront bientôt les humains superflus sur le marché, un argument qui permet de justifier à moindres frais les vagues de licenciements en cours.

En fait, la mauvaise situation économique actuelle amène de nombreuses sociétés en difficulté à présenter l’IA comme la source de leurs problèmes ou l’explication de leur stratégie visant à se réorienter stratégiquement vers l’IA en y investissant massivement.

Il est clair aussi que pour beaucoup, ces licenciements rééquilibrent les embauches certainement trop nombreuses engagées à l’issue du Covid.

Ces IA surpuissantes sont aussi un argument marketing permettant aux entreprises de la tech de justifier leurs investissements en semant la peur comme l’ont déjà fait ChatGPT ou Claude récemment.

A contrario, des économistes et des experts de l’apprentissage automatique ont écrit dans « The Wall Street Journal » que la technologie actuelle n’est pas prête à prendre le travail des humains à grande échelle.

Les impacts sectoriels : une transformation inégale

Tous les secteurs professionnels ne sont pas logés à la même enseigne car l’automatisation frappe là où les tâches sont les plus codifiables, les plus répétitives et affecte bien sûr les activités manuelles.

 

 

Position de la CFTC : la technologie doit servir l’humain

La frontière entre menace et opportunité n’est pas technologique : elle est politique et sociale car l’IA peut libérer du temps ou supprimer des postes, elle peut améliorer le travail ou intensifier la pression.

Tout dépend de qui décide et dans quel cadre de négociation car syndicats, employeurs et pouvoirs publics doivent agir ensemble avant que le marché ne décide seul.

La vraie question n’est pas « l’IA va-t-elle remplacer les humains ? » mais « allons-nous nous donner les moyens collectifs d’orienter cette transition vers plus de justice, de dignité et de sens au travail ? »

Voici ci-dessous les revendications de la CFTC pour que le déploiement de l’IA soit juste, concerté et au service du travail, pas contre lui :

  • Droit à la formation continue renforcé et intégré aux accords de branche
  • Obligation de consultation des représentants du personnel avant tout déploiement d’IA ou d’une technologie impactant les emplois
  • Accompagnement renforcé des travailleurs les plus vulnérables face à la transition

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