Groupe d’experts franco-allemand sur l’IA au ministère du travail

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 [CR des échanges par Grégoire Dacheux et son résumé audio réalisé par NotebookLM] 

J’étais présent au nom de la la CFTC au ministère du travail et des affaire sociales  (78-84 rue Olivier de Serres Paris 15e, appelé par ses salariés « ministères sociaux ») dans la salle du dialogue social en présence des syndicats allemands BDA et DGB, du Ministère du travail (BMAS), de l’Ambassade d’Allemagne, de l’Anact et de plusieurs officiels du ministère (DGEPP, DGT, DAEI…).

Etaient aussi présents les 5 syndicats représentatifs de salariés (CFDT, CGT, CFTC, FO, CGC) et du patronat (UNAPL, U2P, CPME, MEDEF).

Résumé de mon intervention

Je fais partie au nom de la CFTC du projet DIAL-IA.fr et du groupe de travail IA de notre confédération CFTC qui a récemment produit le « Plaidoyer pour une IA au service de l’humain« .

L’IA existe depuis 70 ans exactement (j’ai personnellement fini mes études avec l’IA symbolique en 1990) mais nous « comprend » seulement depuis 3 ans.
C’est une innovation technologique incroyable dont nous devons prendre la mesure pour mieux la connaître.
L’histoire a vraiment commencé dans les années 2010 quand l’approche neuronale a pris le dessus avec le « machine learning » alimenté par les données des GAFAM (Google,Amazon…).

C’est une technologie, dont le pape est Yann Lecun, qui sera étendue avec l’IA générative et surtout l’architecture Transformer (le T de gpT) décrite par des ingénieurs de google pour la 1e fois en 2017 dans un papier de recherche intitulé « Attention is all you need », ce qui a donné ensuite naissance, avec l’entreprise OpenAI, à GPT1, GPT2 et GPT3 en 2020 avant chatGPT en 2022.
Pour la 1e fois dans l’histoire de l’humanité, une entité non humaine échange avec nous !

L’IA reste une machine, un bout de métal

Luc Julia a écrit un livre intitulé « L’IA n’existe pas » puis « L’IA n’existe toujours pas » se moquant notamment de l’incapacité des véhicules dits « autonomes » d’atteindre le niveau 3 sur 5 de l’échelle de l’autonomie automobile … sans ajouter des LIDARS, ces dispositifs similaires au système utilisé par les chauve-souris pour se déplacer la nuit…
Dans son livre « Quand la machine apprend », Yann Lecun insiste également sur l’énorme capacité de calcul brut de notre cerveau (équivalent à 150000 cartes graphiques récentes en nombre d’opérations mathématiques élémentaires) et la capacité des LLM centrées exclusivement sur la compréhension de texte alors que selon lui  « le langage n’est pas le substrat (support) de la pensée humaine« .
Enfin, l’IA n’est actuellement pas productive selon la dernière étude du MIT : 500 milliards d’investissement pour 35 milliards de bénéfices.

Utilisons le potentiel de l’IA sans lui faire confiance

Par contre, l’IA va remplacer ou étendre de nombreuses tâches et va obliger de nombreuses entreprises à changer ou à adapter leur stratégie sur le sujet.
Exemple récent, ma société, Capgemini, a actionné une RCC (Rupture Conventionnelle Collective) pour se séparer de 2400 salariés, un des arguments avancés étant la réorganisation de l’entreprise vers cette technologie même si la principale raison reste liée au marasme économique actuel.

Une expression utilisée par les diplomates du début du XXe siècle résume bien l’attitude que nous devons garder : « La confiance n’exclut pas le contrôle » ou on ne donne pas les clés du camion à l’IA…

Co-Gestion de l’IA

La CFTC et les autres syndicats de salariés présents ont abordé le principe de la co-gestion reprise du modèle allemand.

On peut établir un parallèle avec la voiture de rallye car si la direction de l’entreprise tient le volant, nous, syndicats, devons être le copilote afin de :

  • ne pas aller pas trop vite pour éviter les RPS et la détérioration des conditions de travail
  • ne pas aller trop lentement pour assurer l’employabilité de tous par rapport aux autres salariés et et autres entreprises et assurer notre souveraineté numérique
  • pousser l’acculturation, l’éducation et la formation à la logique informatique, la créativité du prompt, le passage du shadow IA au Self IA. Exemple : dans mes présentations en collège ou lycée, j’indique que : « l’électricité est dangereuse : oui mais non, le moteur à explosion est dangereux : oui mais non, l’IA est dangereuse : oui mais non » !
  • faire attention aux piétons et à leurs données personnelles dans le cadre du RGPD et de l’IA ACT
  • se parler entre le pilote et le copilote afin de favoriser le dialogue social comme en Allemagne avec leur article 87, favoriser les accords comme celui conclu récemment chez Orange … tout cela afin d’éviter aux CSE d’aller en justice parce que la direction refuse de présenter ses innovations technologiques…
  • rester vigilant face aux erreurs, hallucinations, biais de données et actions qui ne respectent pas notre éthique
  • faire attention aussi au niveau du réservoir en raison de l’importante consommation énergétique des LLM
  • continuer à garder tous ses passagers et donc tout faire faire pour ne pas les licencier en mettant en place des dispositifs d’évaluation des compétences nécessaires par l’intermédiaire d’une GEPP ou GPEC

Conclusion reprise de notre « plaidoyer sur l’IA »

Aux yeux de la CFTC, l’IA est un virage technologique qu’il ne faut pas manquer car il peut être source d’un enrichissement collectif inédit à condition toutefois d’en préparer correctement la mise en œuvre.
Cela ne peut se faire que par l’éducation et formation des générations actuelles et futures à la compréhension technique et l’utilisation pratique de l’IA afin qu’elles soient maîtresses de l’outil et non subordonnées à lui.
Cela doit se faire avec une souveraineté technologique et numérique qui donneront à l’Europe et à la France le choix de façonner l’IA selon leurs propres standards mais aussi la capacité de la soumettre à leurs propres règles.

Prochaines étapes

Voici quelques-uns des réflexions avancées en fin de réunion pour déterminer quelle suite donner à ces initiatives :

  • faire une suivi des actions dans le temps
  • reprendre le principe de l’observatoire mis en place en Allemagne
  • reprendre les travaux de la CNIL sur l’interaction homme machine
  • réfléchir à l’articulation des travaux avec l’Europe
  • penser GPEC et GEPP
  • mettre en place un ANI , un Accord National Interprofessionnel
  • se mettre d’accord sur une déclarations commune ainsi que sur les thème a aborder

Conférence internationale « L’IA et le monde du travail » le 11 Février

Enfin, à l’occasion de l’anniversaire d’1 an du Sommet pour l’action sur l’Intelligence Artificielle,  le Ministère du Travail et des Solidarités nous a invités à participer le 11 février à une Conférence internationale « L’IA et le monde du travail » qui rassemblera de nombreux intervenants internationaux :

Cette nouvelle conférence sera l’occasion, à la lumière des plus récents travaux d’évaluation, de discuter des évolutions concernant l’IA dans le monde du travail et des réponses apportées par les Gouvernements, les entreprises et les partenaires sociaux. Ce sera aussi un temps fort de dialogue international, à la veille du Sommet sur l’IA organisé par l’Inde mi-février 2026 et en complémentarité des travaux du G7 sous présidence française.

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